Une fois de plus la nuit dans le bus fut éprouvante. Heureusement nous avions réservé une chambre d'hôtel, le taxi nous attend et nous pouvons nous recoucher pour quelques heures histoire de finir convenablement une nuit qui avait débuté sous le signe du ronflement de notre voisin et d'une route de montagne bien cabossée. Huaraz est une petite ville de montagne de près de 80 000 habitants dont le rhytme nous offre un répit bienvenu après le chaos de Lima. Nous passons notre première jounée en ville à prendre nos repères et à évaluer les possibilités des jours à venir. Le temps et l'arrivée d'une averse diluvienne nous donne une bonne impression de ce à quoi pourrait ressembler le treck 2000 mètres au dessus de la ville et nous décidons finalement de nous concentrer sur la visite du site archéologique de Chavin avant de nous diriger vers la côte et la ville de Trujillo réputée pour son éternel printemps. Nous sommes donc en place, avons notre billet de bus pour 21h30 et avons toute la journée du lendemain pour effectuer les 6 heures de bus aller-retour vers les ruines et la visite.
La compagnie de bus Chavin Express qui se charge de relier la ville à l'ensemble des villages de la vallée de Chavin nous apparait comme louche dès le second virage. L'attendant du bus s'avère en fait être un vendeur ambulant de produits naturels contre les rhumatismes qui bassine le bus pendant près de 45 minutes à coup de "Señor" et "Señora" et vantant les bienfaits des innombrables plantes médicinales du pays. Heureusement le tout ne dure pas et il disparait au premier village. Au delà la route est belle et se perd petit à petit dans la brume, passe un col à près de 4000 mètres avant d'entamer une descente vertigineuse à flanc de falaise. On sert les fesses plus d'une fois! Nous traversons le village aux maisons colorées en direction des ruines.
Le site servait de lieux de formation pour l'élite religieuse où les novices apprenaient les techniques de chamanisme telles que la préparation de la drogue hallucinogène à base de cactus San Pedro centrale à toute cérémonie religieuse. Ils apprenaient également à déchiffrer les mouvements des étoiles et de ce fait à prédire l'arrivée des pluies, des changements de saison, de el Niño, et de ce fait d'établir le pouvoir de la classe religieuse sur le peuple. Le complexe est composé de deux places et d'une pyramide dont le coeur est creusé de multiples galeries. Certaines servaient de lieu de méditation aux apprentis où ils passaient de longues périodes dans le noir le plus complet alors que d'autres semblent avoir servi de grenier où le maïs était conservé. On finit la visite et nous postons sur la route à guetter le bus une cuisse de poulet frit accompagnée de frites entre les mains. Autour, les jeunes du village, en prévision de l'arrivée prochaine du carnaval se lancent des bombes à eau de part et d'autre.
Et nous qui pensions avoir tout vu avec notre trajet aller. Le bus qui devait passer dans le village à 15h30 est finalement arrivé complètement blindé de monde à 16h avec l'intendant du bus en train de gesticuler. Comme beaucoup on a cru qu'il disait qu'il n'y avait de la place que pour 5 personnes et tout le monde s'est précipité car il ne devait plus y avoir de bus de la journée. Plus de 15 personnes sont rentrées et le bus est reparti. Ce que notre homme gesticulait n'était pas le nombre de places restantes mais l'augmentation de prix. Le prix normal est de 10 soles mais son bus étant blindé et qu'il n'y en avait pas d'autres il arnaquait les gens en les faisant payer 5 soles de plus. Les gens essayaient de protester mais il les menaçait de les faire descendre du bus au milieu de la campagne en pleine montagne... En attendant tout le monde était entassé comme du bétail et le bus continuait de s'arrêter pour faire monter plus gens. Le voleur, en attendant, passait lui au milieu de l'amas de monde en réclamant l'argent et en nous disant à tous de s'enfoncer plus vers le fond pour qu'il puisse tasser plus de monde. Finalement vers 4500m, en plein milieu du trajet, le bus étant tellement plein, les amortisseurs arrières lâchent! On se retrouve alors sous la pluie à attendre que le chauffeur et le voleur entassent des bouts de bois et un cric afin de monter le bus suffisamment haut pour remettre les pièces en place à coups de marteau. Nous ne pouvions que suivre le tout d'un oeil inquiet car notre bus pour la plage partait de Huaraz a 21h30 et que l'heure tournait.
Nous sommes finalament arrivés juste à temps pour le départ de notre bus et malgrès le cauchemar avons fait la rencontre de pleins de gens supers sympas. Nous n'étions en effet que trois étrangers dans le bus et les gens étaient très curieux de savoir d'où l'on venait et très interressés de parler de l'Europe et de notre perception du Pérou. C'est finalement toujours ce genre de moments qui laissent les meilleurs souvenirs!
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