Tuesday, 24 February 2009

Chachapoyas

Chachapoyas, capitale de la province Amazonas se situe dans les montagnes du Nord du pays, à trois heures du début de la grande forêt équatoriale. La région de Chachapoyas, largement en dehors du circuit touristique Péruvien habituel, est pourtant l'une des plus riches en sites archéologiques. La "malchance" de Chachapoyas est comme le reste du Nord péruvien de n'avoir été habitée que tardivement et rapidement par les Incas sur lesquels se concentre l'intérêt des touristes occidentaux. Chachapoyas était en effet au coeur d'une civilisation du même nom qui régna sur les pentes escarpées et les forêts nuageuses de la région pendant près de milles ans avant leur conquête par les Incas vers 1470.

Le centre de Chachapoyas conserve son ambiance coloniale grâce à ses nombreuses maisons originales aux murs blancs dont les parties basses sont peintes de couleur bordeaux. Chachapoyas est également la seule ville à proprement parlé de la région et sert de base à l'exploration de vallées alentours. Nous optons cette fois-ci pour une ballade de quatres jours guidée afin de découvrir les sites archéologiques majeurs de la région mais égalament ses villages ruraux. La découverte le matin de notre départ de que notre compagne sera une américaine cinquantenaire ne parlant pas un mot d'espagnol ne présage rien de bon et on passera en effet une bonne partie des trois jours en sa compagnie à, soit faire de la traduction, soit l'écouter parler de ses fils redneck de Hayfork California! Sa présence rend quasi impossible le maintient d'une conversation fluide avec notre guide, jeune péruvien étudiant en droit, ce qui est bien dommage.
Après la visite des tombeaux de Karajia, où des sarcopahges sont ancrés à des aspérités de la falaise, le programme est vite mis à l'épreuve du fait de l'état des routes après plusieurs mois de pluie. On passe difficilement un minibus enfoncé dans la boue jusqu'aux essieux et abandonnons la voiture face un poid-lourd pris en travers de la route. On découvre après deux heure de marche la vallée de Belen, havre de paix pour bétail au milieu de laquelle serpente de milles va-et-vient une rivière au cours paisible. Le chemin se poursuit le long d'un sentier pré-Inca de pierres rendues extrêmement glissantes par la pluie et nous tombons plus d'une fois. On découvre les ruines d'un village chachapoyas, charactérisé par ses plateformes et ses habitations circulaires. Nous atteignons finalement de nuit notre première étape après 7 heures de marche, le village de Congón, spécialisé dans la culture du café. Nuit spartiate dans un décor spartiate. Nos affaires sont trempées et pleines de boue et on espère que la journée de cheval qui nous attend le lendemain sera une bonne occasion pour sécher.
Nous commençons donc notre deuxième journée à dos de mules et ces animaux gagnerons rapidement notre respect à la vue du chemin emprunté. Il s'agit de sortir de la vallée et les mules nous emmènerons à travers près de 1000 mètres de dénivelé. Le chemin est extrêmement pentu et accidenté et les mules toujours poussées de l'avant par notre guide et le mulletier gardent le pied ferme. Notre espoir de sécher est lui réduit à néan. Il pleut une bonne partie de la journée et les mules qui ont régulièrement de la boue jusqu'au ventre nous éclaboussent alègrement. Une fois au col, les mules, à bout de souffle, entament le chemin du retour alors que nous continuons à pied. La pluie fait à nouveau son apparition mais cette fois-ci avec force et nous sommes sauvés de trois heures de marche par un père et son fils qui nous prennent en stop jusqu'à notre auberge. Nous sommes une fois de plus trempés mais cette fois-ci il y a de l'eau chaude et l'on se douche. Après le dîner nous aprennons que c'est l'anniversaire de Robert, le patron, et nous passons la soirée à boire de la bière à la manière Péruvienne (un verre qui tourne pour toute la table), à écouter sa collection de tubes internationnaux des années 80 et à danser.

Aujourd'hui est le clou de notre visiste dans la région car nous allons à Kuélap, la place forte Chachapoyas. Biensur une fois de plus rien ne se passe comme prévu et la voiture qui nous y emmène tombe en panne après 5km, odeur d'embrayage cramé et plus rien ne bouge. On passe une heure dans la voiture arrêtée en pleine route à se protéger de la pluie jusqu'à se qu'arrive un remplacement. Le site de Kuélap approche petit à petit jusqu'à ce que nous nous trouvions soudainement au pied de murs collossaux de 20 mètres de haut. La cité, juchée sur son promontoire mesure 600 mètres de long par plus de 100 de large. Le site semble avoir pris forme au 6ème siècle et fut habité jusqu'au début de l'ère coloniale. Les Chachapoyas y reignèrent en maitre jusqu'à leur défaite contre les Incas vers 1470. L'entrée au site se fait par trois couloirs qui grimpent vers la plateforme principale. Ces ouvertures, seules de toute la périphérie se ressèrent petit à petit jusqu'à ne laisser passer qu'un seul homme en faisant un couloir d'étranglement permettant une défense optimum. Sur la plateforme principale se dresse un second niveau depuis lequel un fort domine les vallées environnantes. Durant notre visite le site est pris dans la brume rendant l'atmosphère particulièrement mystérieuse. La ville est composée de près de 500 habitations circulaires, certaines ornées de frises décoratives. Le site laisse une impression de grandeur et on en repart humide mais bluffé. Comme disent les gents de la région, il y a Machu Picchu au Sud et Kuélap au Nord. On ne sait pas encore ce que va donner le joyau du continent mais Kuélap n'a pas fait défaut à sa réputation.
Nous finissons notre séjour dans la région par la visite du musée Leimebamba, dépositaire des 200 momies extraitent du site de la laguna los condores, puis par la visite du mausolée de Revash accroché à une falaise. Nous repartons finalement avec une vision assez globale de la région et de la culture Chachapoyas qui reste encore méconnue et qui étonne par ses villes suspendues et ses innombrables sites mortuaires. Après une dernière nuit en ville, une douche chaude et un changement bienvenu de tenue, c'est encore une fois l'heure du départ avec devant nous 23 heures de bus juqu'à Lima marquées par de nombreux arrêts pour cause d'éboulis sur la route.

Wednesday, 18 February 2009

Huanchaco et Trujillo

Une nouvelle nuit de bus et un taxi plus loin et nous voilà à Huanchaco. On ne reconnait pas trop dans cette station balnéaire de vingt milles habitants le petit "village de pêcheurs à deux rues" dont nous avaient parlé nos rencontres. Nous sommes fatigués et finissons par nous installer en début d'après-midi après une longue attente dans notre hôtel de "bord de plage". Huanchaco ne correspond pas vraiment à nos espérances. Nous sommes en plein désert, ça on s'y attendait, l'hôtel de "bord de mer" est séparé de la plage par la route et la dite plage semble servir de poubelle à beaucoup de monde. Nous faisons un ou deux allers-retours le long de la côte, allons au bout de la jetée, montons voir la vue depuis l'église qui surplombe la baie, passons au marché et déjà nous avons une meilleure opinion du village. Nous sommes ici pour deux raisons. Tout d'abord il y a la possibilité de surfer et ensuite il y a dans la région une ville coloniale et plusieurs sites archéologiques très réputés des civilisation Moche (à prononcer avec l'accent!) et Chimu. Nous passons donc finalement trois jours et demi ici à alterner visites et plage. Charlotte finit même par se laisser tempter et se lève sans effort sur une planche de surf. Il faut admettre qu'une fois le week-end passé la plage est bien plus calme et propre et on se prend même à trouver l'endroit agréable.
Niveau visite nous découvrons la cité d'adobe de "Chan-Chan" appartenant à la civilisation Chimu. Il n'en reste pas grand chose car la pluie a largement joué son rôle érosif sur les briques en adobe. Sur neuf palais, seulement un se visite et durant toute la visite nous avons l'étrange impression, plus tard confirmée, de voir quelque chose de quasi entièrement reconstruit (et non pas restauré). Les bas reliefs et frises à motifs reprennant l'imageries de la mer et de la pêche ont en effet été presque tous refait récemment sur le modèle des deux ou trois motifs restants.

Bien plus intéressant est la "Huaca de la Luna" ou centre cérémonial de la culture Moche (toujours avec l'accent!). Le site en forme de pyramide a pour particularité d'avoir été reconstruit à chaque changement de régime politique. Les fouilles ont donc permis de révéler la présence de cinq temples successifs superposés mais identiques dont les quatres ensevelis sont parfaitement conservés. Les murs sont couverts de fresques, de bas reliefs représentant le visage de leur dieu mi-homme, mi-poulpe, mi-félin. La visite se termine par la découverte de la façade principale de cinq étages également recouvertes de motifs répétitifs et peints représentants serpents, pêcheurs, visages de dieux et autres. Le site est vraiment impressionant et sa visite nous réconcilie avec l'archéologie après la déception de Chan-Chan. La Hauca de la Luna était un lieu de sacrifice où se déroulait un combat rituel que nous avions découvert sur des poteries exposées au musée Larco de Lima. Le vainqueur était celui qui réussissait en premier à arracher la coiffe de son adversaire. Le perdant était pris en charge par les prêtres, dénudé puis éxécuté. Il nous semble compréhensible que le dieu homme-poulpe-félin se soit faché de ne se voir offrir que des perdants et ait décidé de retirer sa protection aux Moche qui finirent par disparaitre au profit de la culture Chimu.


Notre séjour côtier prend fin et nous remontons une fois de plus dans un bus de nuit en direction des montagnes du Nord, de la ville de Chachapoyas et de la civilisation pré-Inca du même nom.

Saturday, 14 February 2009

Huaraz et la Cordilière Blanche

Une fois de plus la nuit dans le bus fut éprouvante. Heureusement nous avions réservé une chambre d'hôtel, le taxi nous attend et nous pouvons nous recoucher pour quelques heures histoire de finir convenablement une nuit qui avait débuté sous le signe du ronflement de notre voisin et d'une route de montagne bien cabossée. Huaraz est une petite ville de montagne de près de 80 000 habitants dont le rhytme nous offre un répit bienvenu après le chaos de Lima. Nous passons notre première jounée en ville à prendre nos repères et à évaluer les possibilités des jours à venir. Le temps et l'arrivée d'une averse diluvienne nous donne une bonne impression de ce à quoi pourrait ressembler le treck 2000 mètres au dessus de la ville et nous décidons finalement de nous concentrer sur la visite du site archéologique de Chavin avant de nous diriger vers la côte et la ville de Trujillo réputée pour son éternel printemps. Nous sommes donc en place, avons notre billet de bus pour 21h30 et avons toute la journée du lendemain pour effectuer les 6 heures de bus aller-retour vers les ruines et la visite.
La compagnie de bus Chavin Express qui se charge de relier la ville à l'ensemble des villages de la vallée de Chavin nous apparait comme louche dès le second virage. L'attendant du bus s'avère en fait être un vendeur ambulant de produits naturels contre les rhumatismes qui bassine le bus pendant près de 45 minutes à coup de "Señor" et "Señora" et vantant les bienfaits des innombrables plantes médicinales du pays. Heureusement le tout ne dure pas et il disparait au premier village. Au delà la route est belle et se perd petit à petit dans la brume, passe un col à près de 4000 mètres avant d'entamer une descente vertigineuse à flanc de falaise. On sert les fesses plus d'une fois! Nous traversons le village aux maisons colorées en direction des ruines.
Le site servait de lieux de formation pour l'élite religieuse où les novices apprenaient les techniques de chamanisme telles que la préparation de la drogue hallucinogène à base de cactus San Pedro centrale à toute cérémonie religieuse. Ils apprenaient également à déchiffrer les mouvements des étoiles et de ce fait à prédire l'arrivée des pluies, des changements de saison, de el Niño, et de ce fait d'établir le pouvoir de la classe religieuse sur le peuple. Le complexe est composé de deux places et d'une pyramide dont le coeur est creusé de multiples galeries. Certaines servaient de lieu de méditation aux apprentis où ils passaient de longues périodes dans le noir le plus complet alors que d'autres semblent avoir servi de grenier où le maïs était conservé. On finit la visite et nous postons sur la route à guetter le bus une cuisse de poulet frit accompagnée de frites entre les mains. Autour, les jeunes du village, en prévision de l'arrivée prochaine du carnaval se lancent des bombes à eau de part et d'autre.
Et nous qui pensions avoir tout vu avec notre trajet aller. Le bus qui devait passer dans le village à 15h30 est finalement arrivé complètement blindé de monde à 16h avec l'intendant du bus en train de gesticuler. Comme beaucoup on a cru qu'il disait qu'il n'y avait de la place que pour 5 personnes et tout le monde s'est précipité car il ne devait plus y avoir de bus de la journée. Plus de 15 personnes sont rentrées et le bus est reparti. Ce que notre homme gesticulait n'était pas le nombre de places restantes mais l'augmentation de prix. Le prix normal est de 10 soles mais son bus étant blindé et qu'il n'y en avait pas d'autres il arnaquait les gens en les faisant payer 5 soles de plus. Les gens essayaient de protester mais il les menaçait de les faire descendre du bus au milieu de la campagne en pleine montagne... En attendant tout le monde était entassé comme du bétail et le bus continuait de s'arrêter pour faire monter plus gens. Le voleur, en attendant, passait lui au milieu de l'amas de monde en réclamant l'argent et en nous disant à tous de s'enfoncer plus vers le fond pour qu'il puisse tasser plus de monde. Finalement vers 4500m, en plein milieu du trajet, le bus étant tellement plein, les amortisseurs arrières lâchent! On se retrouve alors sous la pluie à attendre que le chauffeur et le voleur entassent des bouts de bois et un cric afin de monter le bus suffisamment haut pour remettre les pièces en place à coups de marteau. Nous ne pouvions que suivre le tout d'un oeil inquiet car notre bus pour la plage partait de Huaraz a 21h30 et que l'heure tournait.
Nous sommes finalament arrivés juste à temps pour le départ de notre bus et malgrès le cauchemar avons fait la rencontre de pleins de gens supers sympas. Nous n'étions en effet que trois étrangers dans le bus et les gens étaient très curieux de savoir d'où l'on venait et très interressés de parler de l'Europe et de notre perception du Pérou. C'est finalement toujours ce genre de moments qui laissent les meilleurs souvenirs!

Wednesday, 11 February 2009

Lima

L'arrivée dans une grosse ville que l'on ne connait pas est toujours assez destabilisante et ce d'autant plus quand il y a des policiers armés à chaques coins de rue et des blindés sur la place principale. C'est finalement comme partout et avec un minimun de bon sens et en faisant un minimun attention, notre séjour à Lima se déroule sans accros et on en repart même avec une bonne impression. Le centre historique est très vivant pendant la journée avec ses nombreux restaurants pour travailleurs locaux qui servent des déjeunés sous forme de menu à des prix imbattables. Les rues sont majoritairement bordées de bâtiments coloniaux arborants de superbes balcons en bois et la ''Plaza de Armas'' malgrés ses blindés a beaucoup d'allure. La ville bénéficie très visiblement de la croissance économique du pays, de nombreux quartiers sont en rénovation et les travaux de voirie sont omniprésents. Au sud de la ville et sur le front de mer, le quartier de Miraflores offre un regard bien différent sur la ville. Ici l'on trouve tout ce que le monde moderne compte de marques vestimentaires et chaines de fast-food. Le front de mer est bordé de tours de logements modernes et au coeur du grand centre commercial Larco-Mar on pourrait se trouver n'importe où.
Le clou culturel de Lima est la visite du musée Larco du nom de son fondateur qui exhibe une collection de céramiques, de tissus et de bijoux en or tout à fait impressionante. A travers cette collection on découvre le nombreuses civilisations Péruviennes qui ont précédé les Incas. Les Incas ont en effet atteint leur "statut international" pour deux raisons: tout d'abord les Incas ont fini par conquérir toutes les autres civilisations du Sud de l'Equateur au Nord du Chili mais surtout les Incas ont eu la "chance" de se trouver au pouvoir lors de l'arrivée des Espagnols et ont donc naturellement été au centre de nombreuses chroniques de l'époque et ensuite des premières fouilles archéologiques. On découvre ici que, aux côtés de quelques autres régions du globe, le Pérou actuel englobe ce qui est considéré comme un berceau de civilisation. Ces zones sont charactérisées par l'apparition de civilisations de manière indépendante et autonome. Chaque région géographique du Pérou fut en fait le site de développement et d'évolutions de civilisations aux charactéristiques distinctes qui furent par la suite conquisent et englobées dans l'univers Inca. Il est important de réaliser que les Incas dont l'empire débute au 13ème siècle ne dominèrent qu'un bref instant l'intégralité du territoire allant de l'actuel Quito au Nord jusqu'à Santiago au Sud, et ce de 1471 à l'arrivée des Espagnols en 1532. Le reste de notre séjour au Pérou nous emèmera donc à travers différentes région et à la rencontre des Incas biensûr mais également de différentes civilisations pré-Incas tels que les Chavin de la cordilière blanche, les Chimú et Moche de la côte Nord et les Chachapoyas des montagnes du Nord qui pour certaines datent du début de notre ère.
Nous quittons une fois de plus une ville de nuit et en bus, et faisons route vers la ville de Huaraz aux pieds de la Cordilière Blanche à travers laquelle, si le temps le permet, nous espérons marcher et où se trouve les ruines du complex religieux de Chavin.

Sunday, 8 February 2009

Canyon de Colca

Nous quittons Arequipa tôt le matin pour le canyon de Colca que nous atteingnons après plus de 3 heures de route à plus de 4000 mètres d'altitude. À son point culminant la route passe un col à 4800 mètres et nous ne pouvons nous empêcher d'avoir une pensée pour notre bon vieux Mont Blanc que nous venons quasiment d'atteindre en bus. Ici, région volcanique la terre fume et tout parrait assez irréel. Le passage du col est suivit d'une descente vertigineuse qui laisse soudainement apparaître l'entrée de la vallée de Colca, le village de Chivay et la multitude de terrasses taillées dans les parois des générations d'agriculteurs. Notre premier arrêt suivant les recommendations de Benjamin, Français résident d'Arequipa et connaissant bien la région est le village de Yanque. Le village est organisé autour d'une jolie place et de son église coloniale, entourées de ruelles bordées de maisons en adobe aux toits de tôle. On trouve facilement l'auberge qu'il nous avait conseillée, nous nous installons, lassons nos chaussures de marche et partons à travers champs en direction du canyon et des ruines d'un village pré-hispanique situé sur l'autre rive de la rivière Colca. La rivière se traverse ici grâce à un pont suspendu offert on ne sait trop pourquoi en 1991 par le gouvernement canadien. De l'autre côté on peut voir les habitants travailler leurs champs de maïs, de blé ou de quinoa. Les gens croisés sur le chemin ont tous la pelle sur le dos et on peut enfin apprécier de près le travail de terrassement effectué pour dompter les pentes du canyon et rendre la vallée productive. Les ruines, en relativement bon état grâce à un travail de rénovation récent, sont parcourues de canaux d'irrigations et offrent une belle vue sur la vallée. Nous sommes malheureusement vite rattrapés par la réalité de la saison des pluies et nous nous faisons encercler par deux orages. Nous rentrons une fois de plus trempés au village où nous découvrons Délia, Alpaga et animal de compagnie de l'auberge et on passe pas mal de temps à l'observer de près ce qui a l'air de lui plaire que moyennement. On finit notre première journée par un dîner dans l'un des restaurants du village avec menu unique: potage de légumes en entrée et riz avec macédoine de légumes au fromage en plat principal. On apprendra par la suite que c'est grossomodo le menu unique de la région et qu'il se mange matin, midi ou soir.

On se réveille un peu frigorifiés après la nuit la plus haute de nos vies à 3600 mètres. Il est 4h30 et on espère bien ne pas avoir raté le bus du matin pour continuer vers le coeur du canyon. Comme toujours dans ces cas là on voit un bus s'éloigner dès qu'on met un pied dehors et on espère qu'il y en a en effet plus d'un. Le bus arrive enfin après 30 minutes glaciales. Il est plein à craquer car aujourd'hui commence la fête de la vierge à notre destination et on passe donc 3 heures debout dans les virages du canyon à regarder la lumière changer à l'extérieur. Dans le bus les femmes portent toutes l'habit traditionnel. C'est un concours de broderies multicolores qui décorent leur gilet, leurs jupes et leur chapeau. Elles ont toutes l'air bien sérieuses mais fondent au premier bonjour. Nous arrivons, toujours un peu endormis, évitons l'arnaque locale qui consiste à te vendre un ticket touristique dont tu n'as pas besoin pour descendre dans le canyon et posons nos affaires dans l'auberge où nous passerons la nuit. Le programme d'aujourd'hui est de descendre les 1200 mètres qui nous séparent du fond du canyon et, qui sait, de visiter un ou deux villages en face. La descente de 2 heures est superbe. On atteint le bord du canyon à travers les champs de maïs en terrasse et découvrons un spectacle grandiose. Le canyon est en effet gigantesque, le fond est comblé d'une mer de nuages qui ajoute à l'impression d'altitude et bien au dessus de nous les sommets enneigés montent la garde. La piste va et vient le long du précipice et petit à petit les nuages se dissipent et laissent apparaître la rivière Colca et la roche ocre à travers laquelle elle se fraie un chemin. Sur notre chemin on croise nombre de muletiers qui relient les villages les plus perdus à la route, en assurent le ravitaillement et exportent la production agricole. Au fond du canyon nous attend ''l'Oasis''. On nous avait prévenu et ça n'a pas manqué, une fois en maillot et installé au bord de la piscine il est impossible de repartir. Ici en bas au soleil il fait chaud et notre idée de visiter les villages de la rive droite du canyon est oubliée. On trouve tout juste la motivation en fin de journée de remonter de notre côté et heureusement on se fait à nouveau prendre par la pluie qui nous évite de sérieusement surchauffer. Après 2h30 de montée c'est douche, dîner et au lit alors que dehors les fanfares battent leur plein. Au réveil, tout le monde a l'air hagard dans le village mais la fanfare joue et on se demande si elle ne s'est jamais arrêtée. Il est temps pour nous de reprendre le bus pour Arequipa et on se dit qu'on serait bien resté plus longtemps à explorer la région... se sera pour un prochain voyage.

Thursday, 5 February 2009

Arequipa

Arequipa, avec près de 800 000 habitants, est la seconde ville du Pérou. Elle est connue sous le nom de la ville blanche du fait de l'utilisation du sillar, roche volcanique de couleur blanche, pour la construction de tout son centre historique. C'est notre premier contact avec le Pérou après un très long trajet depuis San Pedro de Atacama, un passage de douane sur la banquette avant d'une vieille voiture américaine partagée avec 3 autres voyageurs aux aurores et une légère arnaque de la part d'une compagnie chilienne qui prend avantage de notre fatigue et nous vend le ticket pour le bus péruvien à un prix bien plus que chilien. Tanpis, ça nous apprendra à ne pas suivre les conseils du guide. On arrive donc en ville sous la pluie et on passe le plus clair du trajet de taxi depuis la station de bus à se demander si on va dans la bonne direction. On arrive à bon port et on entame la découverte de la ville qui semble pleine de charme. Le climat est clément, la ville est belle et la présence d'une crêperie à l'alliance française, et en face d'un bar-restaurant tenu par des français pleins de bons conseils sur la région nous aide dans notre acclimatation. Le clou du spectacle ici, mis à part la présence impossible à ignorer de trois volcans culminant à près de 6000 mètres au dessus du centre ville, est le Monasterio de Santa Catalina.
Ce couvent, bien plus qu'une simple bâtisse est une veritable ville dans la ville. Le monastère fut bâti sur des terrains donnés par la municipalité et fut enfin complété et inauguré en 1579 grâce aux dons de Doña María de Guzmán, qui, veuve et sans enfant devint la fondatrice, première habitante et mère supérieure du couvent. Les soeurs de ce couvent vivaient selon trois principes, la prière pour communiquer avec Dieu, la méditation pour communiquer avec soi-même et le travail pour communiquer avec la communauté extérieure. Ce couvent devint le lieux de résidence des secondes filles de tout ce que la ville connu comme familles nobles. Ces filles, destinées à entrer dans les ordres devenaient novices entre 12 et 14 ans et professaient leur voeux à 16 ans. L'extansion du couvent dépendit entièrement des familles des soeurs. A leur entrée, les jeunes filles amenaient une dote qui devait couvrir leurs dépenses durant toute leur vie, les familles leur contruisaient une habitation et leur donnaient des servantes qui en plus de les aider dans leur vie leur offraient un contact avec le monde extérieur. Ce style de vie privilégié et quelque peu éloigné de l'idée que nous nous faisons de la vie dans les ordres dura jusqu'au 19ème siècle lorsque le Pape d'alors fini par donner l'ordre que les soeurs d'Arequipa devaient se séparer de leur dote, de leurs servantes et esclaves, quitter leurs appartements privés et commencer une vie communautaire. Ces grands chamboulements n'ont pas du plaire à toutes... Le couvent connut de nombreux dégats suite aux tremblements de terre et éruptions volcaniques qui ébranlèrent la région. En 1970 face à de nouveaux dégats et à un nombre réduit de résidente, un bâtiment plus moderne fut construit dans l'enceinte du monastère pour accueuillir les soeurs alors que le couvent historique fut réhabilité et finalement ouvert au public. La communauté aujourd'hui assez réduite réside toujours dans l'enceinte du couvent et vit de productions artisanales et d'une partie des bénéfices du tourisme.
Nous passons donc trois jours en ville à profiter de l'architecture coloniale et à préparer notre prochaine étape. Arequipa est en effet la porte d'entré vers la vallée et le canyon de Colca réputé avec ses 3000 mètres de profondeur pour être le plus profond du monde.

San Pedro de Atacama

Nous sommes partis tôt le matin de Salta en direction du Chili et de San Pedro de Atacama, village oasis situé dans le désert d'Atacama, région la plus désertique au monde. Il y a en effet 7 ans que le village n'a pas connu de pluies conséquentes et la plus longue période de sécheresse connue pris fin après 400 ans en 1971. La route qui relie les deux villes nous fait passer une fois de plus par la région de Jujuy et les Quebradas du Nord que nous voyons défiler une dernière fois des fenêtres du bus. La route entame ensuite un longue montée à travers un paysage de montagne vertigineuse qui nous mène à nos premières visions de l'altiplano andin et de ce salar avant d'atteindre le point culminant de la route, le paso de Jama à 4750 mètres. La route entame ensuite une longue descente qui sillone entres deux volcans avant d'atteindre San Pedro de Atacama.

Nous sommes cette fois-ci pris au piège. Il n'y a aucun moyen de louer une voiture en ville et les différentes excursions ne sont du coup atteignable qu'en passant par l'une des nombreuses agences de voyages locales. On se résigne donc et prenons les services d'une agence pour découvrir la nature locale. Les sites sont splendides mais les agences ont comme politique de toutes offrir les mêmes excursions à la même heure et on se retrouve donc plusieurs fois à partager coucher et levé de soleil, dunes de sable, geysers avec 200 autres touristes... le pied! Notre séjour est tout de même loin d'être négatif. Nous rencontrons en effet à notre descente du bus Mario et Myriam, les propriétaires d'une petite auberge en lisière de village, chez qui nous passons 4 jours bien agréables dans leur maison en adobe au joli jardin et à la "piscine", bienvenue lorsque le soleil se montre plus fort que nous. Mario est extrêment avenant et nous apprend beaucoup sur la géologie de la région. Il laisse également transparaitre les enjeux politiques liés à cette géologie. Sous le salar d'Atacama se trouve la plus grande réserve mondiale de Lithium, cet élément chimique résidant au coeur de nos piles mais aussi également central à la construction de bombes à hydrogen ou au dévelopement de la fusion nucléaire et du projet ITER. Il nous raconte comment en 1960 un détachement de scientifiques internationaux se sont rendus sur le salar pour effectuer des premiers prélèvements. Comment 13 ans plus tard Pinochet pris le pouvoir avec un fort soutien des USA sous couvert de lutte contre les tendances communistes d'Allende et finalement comment l'année suivante une compagnie au capital exclusivement américain, justement nommée compagnie chilienne d'exploitation du Lithium, reçut les droits exclusifs d'exploitation des resources du salar.

Notre dernière nuit dans le désert se déroule sous les étoiles et avec les indication d'Alain, un astronome français installé dans la région. Il nous offre une introduction aux étoiles grâce à ses 5 telescopes et a son pointeur laser qui lui permet de rendre visible dans le ciel les différentes constellations. Dernière nuit puis dernière journée qui nous permet de voir le village pris d'assault par de nombreuses fanfares pour célébrer la fête de la Virgen de la Candelabra. Les formations de musiciens et danseurs aux costumes plus exhubérents les uns que les autres, monstres masqués, gorilles, yéthis, pocahontas et autres, défilent à travers le village sous un soleil de plomb pour le plus grands bonheur de la population locale et des touristes. Cette journée est une excellente transition qui nous éloigne de la culture chilienne que l'on a pu découvrir jusqu'ici et nous fait basculer dans l'univers des peuples andins qui mélangent alègrement catholisme et folklore local.

Monday, 2 February 2009

Salta

Notre dernière étape argentine se sera donc déroulée à Salta dans le Nord du pays. Nous arrivons en ville après notre périple en voiture et il fait bon de se pauser pendant quelques jours sans bouger. La ville nous acceuille avec ses bâtiments coloniaux, ses places verdoyantes et bien entretenues, ses rues piétonnes et ses cafés avec terrasse. Salta est réputée à travers le pays pour faire les meilleures empanadas du pays. On fait donc le tour des restos de quartier afin de juger par nous même. On profite également de ces derniers instants de civilisation "à l'européenne" avant de traverser une dernière fois la frontière avec le Chili, d'arriver dans le désert et de mettre ensuite le cap vers le Pérou.

Nous visitons le musée provincial d'archéologie de haute montagne qui exhibe les découvertes de l'expédition effectuée en 1999 vers le sommet du volcan Llullaillac, plus haut site arcghéologique connu actuellement culminant a 6700 mètres d'altitude. Sur ce site ont été retrouvées les 3 momies des "enfants du Llullaillaco" dont les restes furent conservés par le climat extrême du site. On apprend ici que la culture Inca célébrait nombre de cérémonies dédiées à la nature et à la fertilitée. Pour la plus importante d'entre elles, le Capacocha, certains villages envoyaient des quatres coin de l'empire des jeunes sélectionnés parmis les enfants des chefs locaux et faisant preuve d'une beauté exceptionnelle vers Cuzco. Là des mariages rituels étaient célébrés entre les enfants afin de créer des alliances et de maintenir des liens étroits entre la capitale et les régions éloignées de l'empire. Une fois le rituel terminé, les enfants et leurs accompagnateurs devaient retourner en ligne droite, parfois pendant des mois, jusqu'à leur village d'origine. Les enfants y étaient accueillis avec les plus grands honneurs. Ils devaient ensuite escalader jusqu'au sommet des plus hauts volcans, véritables dieux vivants, accompagnés de prêtres où ils étaient soualés et, une fois endormis, déposés dans des tombes afin qu'ils retrouvent leurs ancêtres et puissent veiller sur leur communauté et l'empire. Le musée offre à ses visiteurs la possiblitée de découvrir l'une de ces momies dont la vision est plus que troublante. La jeune fille de 15 ans est pour ainsi dire intacte et il est difficile d'imaginer que cette personne était en vie il y a plus de 500 ans.

Avec Salta se finit notre long passage en Argentine qui nous aura donné l'occasion de découvrir un pays aux paysages fabuleux et ayant une population à multiples facettes qui reflète la diversité de ses origines et de son histoire.