Monday, 26 January 2009

Tucuman - Humahuaca par la Ruta 40 Norte et les Quebradas

Voilà maintenant près de deux semaines que nous étions en ville et les grands espaces commençaient à nous manquer. Nous arrivons tôt à Tucuman après une nuit difficile dans le bus et sans aucune envie de visiter la ville mais avec l'idée de foncer vers la montagne pour profiter de l'air frais et, qui sait, marcher un peu. Sans trop savoir où nous diriger pour trouver le bus que nous cherchions nous nous arrêtons vite fait au bureau d'information touristique pour quelques renseignements. On ne sait toujours pas vraiment ce qui s'est passé mais en 10 minutes nous voilà sac sur le dos et carte routière à la main en direction du loueur de voiture pour ce qui allait être une des meilleures prise de décision spontannée depuis le début du séjour. Le plan: 1200km en cinq jours à travers la jungle, les vallées arides, la montagne, les vignes de Cafayate et les gorges des vallées Calchaquies pour rallier Humahuaca.

Jour 1 - Nous voilà donc au volant de notre nouvelle petite corsa, le réservoir plein et la radio qui grésille en direction de Tafi del Valle. La route 307 nous fait sortir de la plaine agricole de Tucuman et nous guide le long d'une vallée encaissée aux paroies couvertes de jungle. Nous avions tellement entendu parler de la sècheresse du Nord que nous sommes tous les deux très surpris de cette première étape. Avec l'altitude, la jungle se disperse petit à petit et laisse place à un paysage bucolique de larges vallées de paturages, surplombées de moyennes montagnes. Dans la précipitation de notre départ inattendu nous avions oublier d'acheter de quoi nous ravitailler et nous nous arrêtons dans la charmante localité au nom non moins charmant de "El Mollar" pour un casse croute. Il y a des fois où l'on se dit que malgrès nos nombreux voyages on a vraiment rien appris. On s'arrête on ne sait pourquoi dans le bouiboui le plus vide du village où même les "serveurs" ont l'air surpris de recevoir quelqu'un. On s'assoit et commandons deux Choripans, spécialité argentine consistant en un sandwich de chorizo à la braise. Charlotte, faisant face au bbq, assite avec horreur au maniement expert dans la même main du chef de la serpière dégueulasse, qui avait déjà essuyé notre table et Dieu sait quoi d'autre, et tour à tour le pain, le couteau et la saucisse qu'il tripote de ses petits doigts boudinés. En deux deux on établit un plan de secours. Une fois servi, on joue de nos dons d'acteur pour, tout en faisant semblant de manger, faire disparaitre bout à bout la saucisse mortelle dans un sac plastique après avoir essayer, sans succès, de la refourguer au chien du resto. On aura finalement bien rigolé et perdu 12 pesos avant de s'asseoir ce coup-ci à la terrasse la plus pleine possible du village. La journée se finit sans accros, on fait le tour des vallées alentours, profitons de la superbe lumière de fin de journée et dormons à Tafi del Valle.

Jour 2 - On reprend la route en direction de Cafayate sans trop savoir jusqu'où nous irons aujourd'hui. A croire que nous n'arriverons jamais à prévoir quelque chose de définitif en avance! La route 307 débouche aujourd'hui sur la fameuse route nationale 40 qui traverse le pays du Nord au Sud. Le paysage change encore très rapidement. La route monte jusqu'au col de l'Infiernillo dont le passage marque la fin des pâturages et l'arrivée du désert. Sans prévenir, au détour du premier virage nous entrons dans le monde des cactus. La route nous enmène proche d'un petit canyon à travers lequel nous nous délions un peu les jambes puis aux ruines de Quilmes, lieu de résistance indien à l'invasion espagnol dont l'histoire ne manque pas de rappeler un certain village d'irréductibles Gaullois. En route nous prennons deux jeunes Argentins. Dans la discussion nous apprenons qu'il travaillent pour la companie en charge des banquets de la Présidente et que celle-ci à l'encontre des traditions du pays est végétarienne et que son mari a un fort penchant pour le vin rouge national.
Nous atteignons enfin Cafayate dont la place centrale nous offre un rapide répit en terrasse de café avant d'entamer l'un des clous de notre périple, la Quebrada de las Conchas où l'eau a taillé dans la roche multicolore un dédale de formes rocambolesques et de canyons. Arrivés à l'extrémité Nord de la gorge, nous décidons de rebrousser chemin vers Cafayate pour récupérer le lendemain la route 40 qui traverse vers le nord la vallée Calchaquies en direction du village de Cachi. Arrivés tard à Cafayate sous une tempête de grêle et des coups de tonnerre, il nous faudra finalement près d'une heure et la visite d'une vingtaine d'hotels avant de trouver une chambre sur-évaluée et dans la partie toujours en construction d'un hotel aux abords du village.

Jour 3 - Et dire que nous avons failli éviter cette section de la route! Nous commençons la journée par une visite et dégustation à la Bodega Estaco, vieille batisse coloniale d'un blanc éclatant entourée de vignes. Une grande partie de leur récolte a d'ailleurs était détruite par l'orage d'hier au soir. Nous y apprenons les détails du procédé de vinification et goûtons à quelques unes des productions locales dont le blanc Torontes, spécialité de la région. Temps de reprendre la route. Après une vingtaine de kilomètres vers le Nord, le bitume prend fin et la piste commence. Très vite, ce qui était une belle route devient un spectacle irréel. La piste va et vient, monte puis plonge au milieu de gorges, colonnes de pierres, rivières asséchées et au travers de villages aux maisons en adobe et aux cimetières colorés. Les 160km à couvrir nous prennent finalement toute la journée. Tant les paysages sont beaux, nous roulons aux alentours de 40km/h et arrêtons la voiture toutes les 5 minutes pour profiter des vues et remplir la carte de l'appareil photo. La route prend fin au village de Cachi dont la municipalité prend soin d'entretenir le village et de conserver au mieux les maisons traditionnelles.

Jour 4 - Nous quittons la route 40 et les vallées Calchaquies pour rejoindre le village de Tilacara et la quebrada de Humahauca. La route nous emmène à travers le parc national des Cardones protégeant une vaste étendue de cactus dont les formes sont dignes des meilleurs westerns spaghettis. Une fois de plus nous sommes sous le choc de la rapidité avec laquelle les payasages peuvent changer. On passe un col et les cactus disparaissent pour une fois de plus laisser place aux vaches et aux pâturages. Une vallée plus loin, nous trouvons un lieu de picnic idyllique dans la Valle Encantada, sous un ciel bleu, entourré de roches rouges, d'herbe verte et de fleurs multicolores. L'après-midi nous réserve encore quelques surprises, le paysage change sans cesse, les cactus reviennent, et puis enfin, la jungle et la plaine agricole en arrivant à Salta. La fin de journée nous enmène jusqu'à Tilcara à l'entrée de la Quebrada de Humahuaca où nous entrons en contact avec peu de plaisir avec le tourisme massif de backpackers argentins. Le village ne nous dit rien de bon au premier abord mais nous nous trouvons une chambre dans une pension de famille bien sympathique et notre tour du village le soir nous met nez à nez avec deux fanfares, et un instant on se croirait en été sur les bords de Seine un soir de fête de la musique.

Jour 5 - La fin de la route. On atteint la dernière vallée de notre périple, visitons le village de Humahuaca et rentrons à Tilcara faire une marche vers la Garganta del Diablo, ballade du dimanche classique des habitants de Tilcara qui longe un ruisseau à travers des parroies vertigineuses jusqu'à une petite cascade.

Ces quelques jours nous aurons offert une superbe vision sur les paysages majestueux de la région et sur une toute autre facette de la nation argentine. D'un côté l'Argentine moderne, ses touristes, ses exploitations vinicoles à portée internationale, ses villes et centres commerciaux offrant les marques que nous connaissons tous. De l'autre nous découvrons une Argentine bien plus pauvre qui, il y a une cinquantaine d'année, avait déjà marquée le jeune Ernesto Guevara du fait du contraste par rapport au reste du pays. La population, fortement indigène des vallées Calchaquies vit dans des villages bien loin du comfort moderne, dont les habitations rudimentaires en adobe, ces briques de terre séchées au soleil, malgrès leur charme pittoresque, sont souvent dépourvues de fenêtres et semblent être toujours ancrés à une époque depuis longtemps oubliée par le reste du pays.

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